
Sven Lundqvist : exterminez toutes ces brutes ! (Les arènes)
Lorsque votre éditeur m'a envoyé votre livre, je n'ai pas été emballé par la couverture mais le titre ne m'a pas laissé indifférent. C'est à reculons que je me suis intéressé à votre travail et je crois que j'ai bien fait de vous lire. Parce que vous avez une philosophie intéressante qui est qu'il faut chercher à comprendre ce que nous savons. Parce que « ce ne sont pas les informations qui nous manquent. Ce qui nous manque, c'est le courage de comprendre ce que nous savons et d'en tirer les conséquences. » En effet, à vous lire, il devient plus évident de comprendre que de savoir. Ce qui nous pousse à nous poser des questions et à vouloir connaître le bilan de la mission civilisatrice de l'homme blanc en Afrique ; à connaître la responsabilité de l'Europe à l'égard des peuples des autres continents. Si certains intellectuels européens ont parlé des bienfaits de la colonisation, je suis d'accord avec vous pour chercher les traces de philanthropie et de civilisation de l'Europe vis à vis des peuples colonisés et détruits. En effet, comment pourrait-on civiliser des peuples que l'on extermine ? Votre travail est puissant. Il a la force de l'évidence et du courage car il interroge. Il interroge ces européens qui interprètent leur supériorité militaire en termes de supériorité intellectuelle et biologique. Il pose la question de savoir ce que « ressentait le roi du Bénin alors qu'il était chassé comme une bête sauvage dans la forêt tandis que sa capitale était en flammes ? que ressentait le roi des Ashanti quand il rampa vers les boîtes de biscuits afin d'embrasser les bottes de ses maîtres britanniques ? ». Votre travail interroge le silence bruyant des européens qui ne veulent pas se poser la question de comprendre et de connaître l'origine de la pensée qui a mené à la shoah. Il comprendrait certainement s'ils admettaient que les africains ont été traités de bêtes et d'animaux dès les tout premiers contacts avec les européens et qu'il fallait les exterminer. Un travail de compréhension à lire et à partager.