
Maurice Ahanhanzo GLELE : Le Danxome (Nubia)
Un livre rare. Un livre précieux. Un livre rare parce que précieux. C'est, je crois, le sentiment qui m'habite après la lecture d'un travail monumental. Un travail qui mérite qu'on s'y intéresse car il permet de remettre en perspective, le travail des ethnologues et des anthropologues qui ont fait la réputation des sciences européennes par leurs études qu'on disait de qualité. Ce sont elles qui ont permis à certains occidentaux de penser qu'ils pouvaient parler pour les noirs et considérer que ces derniers n'avaient pas d'histoire car n'ayant pas d'écriture. Grossière erreur que l'on comprend quand on vous lit. C'est la raison pour laquelle je vous félicite pour la qualité de votre travail. Autant pour le fond que pour la forme. Vous montrez qu'il est important que les noirs écrivent leur histoire. Surtout, il est indispensable qu'ils reviennent sur les mensonges et les incorrections que contiennent les textes des anthropologues et ethnologues occidentaux. Nous qui avons appris dans les livres d'histoire '' toute la vérité'' sur nos cultures, nous prenons un coup sur la tête en vous. Parce que vous nous parlez du royaume du Dahomey, du Danxome. Vous en parlez de l'intérieur parce que vous êtes un descendant direct de la famille royale. Surtout, vous avez une démarche qui est noble car vous vous êtes instruits auprès de ceux qui détiennent le savoir : les anciens ainsi que les princes et les membres de la famille royale. Ce sont eux, vos informateurs qui vous ont appris qu'il fallait prendre appui sur la tradition orale pour étudier l'organisation politique et administrative du royaume du Danxome et en décrire les institutions politiques. Ce sont eux qui vous ont appris que les récits et les chansons situent toujours les faits par rapport au règne d'un roi, à un événement ou à une saison. Ce qui fait que les événements sont situés et fixés ; ils sont déterminés avec exactitude dans le temps et dans l'espace même s'ils n'ont pas la même précision que dans l'histoire européenne. Ce qui est très intéressant dans votre démarche, c'est que nous comprenons ce qui a pu induire en erreur nombre de chercheurs occidentaux. Ainsi que vous le dites, les anciens parlent peu et se livrent difficilement. Se contentant de dire aux européens, ce qui est accessible à tout le monde surtout que ceux-ci ne comprennent ni ne parlent leurs langues. Aussi, ceux qui pensent que la ''vérité'' se trouve dans les livres d'histoire, devraient lire les propos de vos informateurs : «Notre histoire n'est pas écrite ; elle se raconte et elle est chantée. Seules les chansons sont fidèles. Elles retracent les faits de chaque règne ; elles célèbrent telle bataille. L'histoire est racontée depuis la conquête, suivant les intérêts en présence. Il ne faut pas te laisser duper. Comme nous ne lisons pas dans un livre comme vous les ''akowe'', scribes, tu nous poseras des questions auxquelles nous allons essayer de répondre l'une après l'autre ; nous ne pourrons pas tout dire à la fois ; ce sera par morceau que nous parlerons. » Comme pour montrer l'importance de la parole. Ce qui me conforte dans l'idée que l'histoire des peuples noirs est à réécrire.