
Boubacar Boris Diop : l'Afrique au-delà du miroir (Philippe Rey)
« L'image que les médias et des ouvrages prétendument spécialisés donnent de l'Afrique n'est pas belle à voir. Elle ne correspond surtout en aucune façon à la réalité, quoique disent certains d'entre nous, par désespoir, par malhonnêteté intellectuelle ou par veulerie. » Un recueil de textes à travers lequel vous vous posez en redresseur de tords. En réalité, j'ai beaucoup aimé cet ouvrage parce que vous écrivez simplement et que malgré la gravité des thèmes dont vous parlez, on se prend à sourire. Vous avez véritable talent de conteur et c'est ce qui permet de vous lire avec plaisir. Le titre de votre livre me fait penser au roman de Richard Powers, cet américain qui a écrit : ''Le temps où nous chantions''. L'un de ses personnages dit cette phrase terrible : « au-delà de la couleur, le noir n'existe plus. » Comme pour dire qu'il y a des réalités auxquelles il faut faire face. Chez vous, il est nécessaire d'aller au-delà, de passer le mur du son afin de donner à voir ce que le continent africain offre de positif. Parce qu'il faut aller au-delà des clichés que proposent les médias occidentaux. Et vous avez raison lorsque vous faites allusion à ces intellectuels noirs, victimes de constipation mentale, qui corroborent ces falsifications parce que, pour eux, modernité et occident sont synonymes. Vous parlez de la vaine mission de l'écrivain noir qui serait due au fait que ses congénères ne lisent pas beaucoup. Je crois, pour ma part, que le noir ne lit pas ce qu'écrivent les écrivains noirs parce qu'il n'a pas confiance dans leur honnêteté intellectuelle. Il préfère plutôt lire ce que publient les occidentaux. Je suis persuadé qu'ils auront confiance en vous après vous avoir lu. Car vous vous êtes assigné une mission noble : parler de l'Afrique avec amour et respect.